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Peu après avoir été libéré, le 12 octobre, de la prison de Myitkyina, dans le nord de la Birmanie [nom officiel : Myanmar], l’humoriste et militant Zarganar a été placé sur un vol à destination de Rangoon [capitale jusqu’en 2007]. A peine était-il descendu de l’avion qu’il tournait déjà en dérision les récentes mesures “réformistes” du président Thein Sein, disant qu’elles revenaient à “maquiller une vieille femme paralysée pour l’envoyer dans la rue”. Cela fait plus de vingt ans que Zarganar, décrit comme le “Charlie Chaplin birman” par l’éminent journaliste Ludu Sein Win, se fait le porte-parole – avec courage et en faisant preuve d’un humour décapant – du peuple birman, qui n’ose extérioriser ses sentiments et ses opinions par crainte d’être arrêté et châtié. Ses satires ont le tranchant d’une lame de sabre et ses calembours fusent comme des flèches. Mais, même lorsqu’il plaisante, ses yeux s’emplissent de larmes à la pensée du sort de ses concitoyens.

Agé de 50 ans, Zarganar – Thura de son vrai nom – a été arrêté à quatre reprises. La dernière est emblématique des méthodes de l’ancien régime militaire, dont il avait critiqué les efforts tardifs et insuffisants lors du passage dévastateur du cyclone Nargis [qui, au printemps 2008, avait causé la mort de quelque 140 000 personnes]. Quand des médias d’Etat avaient proclamé que les sinistrés pouvaient survivre en mangeant des grenouilles et des plantes aquatiques, Zarganar-le-sarcastique avait rétorqué qu’ils pouvaient aussi se nourrir des corps humains flottant sur les cours d’eau. Après l’avoir condamné à cinquante-neuf ans de prison, le régime avait “magnanimement” réduit sa peine à trente-cinq ans.

Sa première expérience avec la police du régime date de 1988, au lendemain du soulèvement démocratique sévèrement réprimé. Il a alors subi des interrogatoires musclés et la rumeur a même couru qu’on lui avait arraché des dents à l’aide de tenailles. Mais, en 1989, l’humoriste, remontant sur scène, s’exclamait : “Ce n’est pas vrai qu’on m’a extrait mes dents… Les voilà !” Et il extirpait un dentier de sa bouche. Un an plus tard, il était de nouveau interpellé et condamné à cinq ans de détention pour avoir imité le général Saw Maung [à la tête du pays de 1988 à 1992] devant des milliers de spectateurs. En 2007, il reprenait le chemin désormais familier des geôles, cette fois pour avoir remis de la nourriture à des moines bouddhistes pendant la “révolution de safran”, en septembre de la même année. “Si c’est mal pour un bouddhiste de faire l’aumône à des moines, alors je vais me convertir à l’islam”, avait-il ironisé.

Le 12 octobre dernier, pour la première fois depuis 2008, Zarganar a donc retrouvé sa double casquette d’humoriste et de militant, s’empressant de dénoncer les carences et l’hypocrisie des autorités. Il a réservé ses premières critiques à l’amnistie de 6 000 prisonniers [dont environ 200 des 2 000 détenus politiques]. Il a comparé la décision gouvernementale de maintenir certains d’entre eux en prison et de les utiliser comme monnaie d’échange avec la communauté internationale à la tactique des pirates somaliens qui font des otages pour obtenir des rançons. “S’il nous tend la main”, a néanmoins commenté Zarganar, “nous lui tendrons la nôtre. Mais, comme l’a dit Obama, ce n’est pas parce que nous tendons la main que nous sommes des mendiants.”

Ba Kaung
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